Trois fois rien

Trois fois rien
[Dossier de presse]



Rien ici ne vient s’ajouter au monde matériel. Les œuvres de la collection du Centre national des arts plastiques (Cnap) réunies au CN D procèdent par prélèvement, cadrage, soustraction, combustion. Elles se manifestent à la lisière du tangible, du dérisoire, du déjà-vu. Sous verre, dans la lumière, des encombrants, des coupures de presse, des broutilles, des promesses. Trois fois rien ou presque, que ces énumérations navrantes éditées par Claude Closky, que les décla-rations sujettes à caution de Matthieu Laurette, Mario Garcia Torres et Ernest T., que les anti-monu-ments de Luis Camnitzer, d’On Kawara, de Jorge Pedro Núñez, de herman de vries ou de Guillaume Leblon, que les images à rebours de Laëtitia Badaut Haussmann et d’Estefania Peñafiel Loaiza.In fine, avec les vidéos hypnotiques de documentation céline duval, une impulsion, une provocation peut-être : tout brûler. Car ces existences fragiles n’ont rien d’insignifiant. En usant les clichés, en indexant ce qui n’a pas de nom, elles mettent à jour, en catimini, les dispositifs autoritaires latents qui régissent la production, dans le champ de l’art comme dans celui de la publicité. Dans le même mouvement, se révèlent les beautés et les fictions nées des réserves et des effacements. David Claerbout redessine un Livre de la jungle édénique, car épuré de toute activité humaine. Edith Dekyndt illumine un tapis de poussière pour mille et une nuits. Pour paraphraser Barthes, qui paraphrase Jean de la Croix, « la nuit est obscure », mais « elle éclaire la nuit ». Et devant les corps à bout réunis sur un plancher de danse par Émilie Pitoiset, on se chuchote : Where Did our Love Go?