Échos

Échos

Françoise Pétrovitch - Échos

06|09 - 11|10|2014

    Pour sa rentrée 2014, Semiose fait la lumière sur l'oeuvre de Françoise Pétrovitch en lui consacrant sa seconde exposition personnelle à la galerie et en publiant, parallèlement, un catalogue qui rassemble de manière exemplaire un corpus d'oeuvres récentes. Deux temps donc, ou deux formes chères à l'artiste (l'exposition et la publication), qui permettront avant tout d'envisager d'autres pistes de lectures de l'oeuvre de Françoise Pétrovitch et de se départir de son automatique compréhension par le versant narratif ou poétique.  

Car, si depuis le milieu des années 90 Françoise Pétrovitch s'est emparée d'un vocabulaire lié à l'adolescence, l'enfance ou, par extension, aux contes et ses symboles, c'est moins par volonté de dissertation sur le « sujet » que par défi du « genre ».

Ces figures de fillettes, de garçons, que l'on retrouve de manière récurrente au fil des oeuvres sur papier, sur toile, des dessins muraux, des sculptures, des installations, sont avant tout des archétypes départis de toute histoire. Ils sont des figures en action, qui, par exemple, jouent à colin-maillard (Colin-maillard, 2014. Lavis d'encre sur papier), se tiennent par la main (Sans titre, 2011. Deux dessins superposés sur papier japon) ou encore se laissent tresser les cheveux (Sans titre, 2014. Lavis d'encre sur papier) dans autant d'actions universelles. Parfois encore ils se mutilent ou se torturent. D'une oeuvre à l'autre, ces archétypes simplement sexués (masculin/féminin) sont in fine interchangeables.
Aussi, l'oeuvre de Françoise Pétrovitch se trouve-t-elle davantage motivée par les jeux de variations formelles autour de ses archétypes. L'oeuvre vidéo intitulée Échos (2013), et à laquelle l'exposition emprunte son titre, est en cela emblématique et va même plus loin en instaurant une dialectique de l'interaction entre ses variations. Échos est un montage enchainé de dessins, qui fait apparaître alternativement des images figurées, où l'on retrouve les archétypes précédemment nommés, des corps extraits, et des images totalement abstraites composées en paysages de couleurs, comparables à des tests de Rorschach ou au « soleil cou coupé » d'Apollinaire. Ce montage joue des fondus enchainés, de l'apparition autant que de la disparition de ces images qui se sur-impriment l'une sur l'autre de manière éphémère, sur la vidéo comme sur notre rétine par effets de persistance. Réfutant toute tentation de hiérarchisation, de classification ou de narration, la vidéo est une succession d'impressions et fait de l'oeil du regardeur un récepteur d'informations, certes subjectives, mais pures, c'est-à-dire libérées de tout sens a priori. Car le seul sens qui vaille ici est la vue, par qui les couleurs et les formes enchainées se redoublent ou se multiplient à l'infini, et qui se retrouve ici extériorisée, incarnée par le bassin d'eau placé sous l'écran, vibrant comme une rétine.
Ainsi si les images, qu'elles soient en deux ou en trois dimensions - dessins, toiles ou sculptures - sont bien « évocatrices », elles prennent soin de détourner notre regard du chemin balisé par la narration.

L'exposition découvre la voie d'une oeuvre, d'une pratique artistique, motivée par les jeux de composition. Il conviendrait en ce sens d'évoquer plus précisément, chez Pétrovitch, la question du « genre » en tant que catégorie artistique : le genre du portrait, de la « nature morte » ou encore de la «  verdure » qui désigne une tenture de tapisserie dont le décor est végétal ou animal, pour comprendre que c'est aussi en écho à toute l'histoire de l'art que l'oeuvre de Françoise Pétrovitch est composée.

Leslie Compan
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To kick off the autumn season, Semiose Gallery throws the spotlight on the oeuvre of Françoise Pétrovitch through a second solo exhibition and the accompanying publication of a catalogue, bringing together in exemplary manner her recent body of work. Two instances, or rather two platforms dear to the artist (exhibition and publication), which above all enable the spectator to envisage other approaches to reading Françoise Pétrovitch's oeuvre, to get away from the more obvious routes to understanding via narrative and poetry.

While since the mid 90s, Françoise Pétrovitch has clearly adopted as her own a vocabulary associated with adolescence and childhood, and by extension its symbolism and mythology, this has been less through a desire to expound on the "subject" and rather one to explore the "genre".

The figures of young girls and boys that recurrently appear across her works on paper, her paintings, mural drawings, sculptures and installations are above all archetypes and are completely disassociated from any narrative. They are figures in action, playing blind man's buff ("Colin-maillard",2014), holding hands ("Sans titre", 2011,) braiding each other's hair ("Sans titre", 2014) or involved in other everyday activities. Occasionally they even go as far as to torture or mutilate each other. These archetypical figures, simply defined as either male or female, reoccurring from one oeuvre to another, are ultimately perfectly interchangeable.
Playing on the formal variations framing these archetypes further motivates Françoise Pétrovitch's work. The video entitled Echos (2013), from which the exhibition draws its title, is emblematic of this and even pushes the idea a little further by setting up a dialectical relationship between its variations. Echos is made up of a montage of a series of drawings alternately showing figurative images of the above-mentioned archetypes, detached details of bodies and completely abstract images composed of landscapes of colours similar to Rorschach tests or Apollinaire's "Soleil cou coupé".  The consecutive images fade into each other, the apparition of a new image as the previous image recedes producing an ephemeral effect of one image superimposed on another on both the screen and the spectator's retina. The artists refusal of any temptation to create a hierarchy within the images, to attempt to classify them or create a narrative, leaves the spectator face to face with a series of impressions; the eye becomes a receiver of information, information, which is of course subjective but at the same time pure and devoid of any a priori meaning. The only sense of any importance here is that of vision, through which the succession of colours and shapes intensify or are multiplied to infinity and whose exteriorization the pool of water placed beneath the screen incarnates, its surface resonating like a retina.
It is in this way that the images, whether they are in two or three dimensions - drawings, paintings or sculptures are perfectly "evocative": they try their utmost to lead us away from the well-trodden paths of narration. 

This exhibition uncovers the pathway taken by a body of work, an artistic practice driven by a constant play on composition. In this context, it is worthwhile noting more precisely the importance of the question of "genre" or artistic category: the portrait, the still-life and even the "verdure" (from the art of tapestry: a wall hanging composed of a décor showing vegetation or animals), in order to understand that Françoise Pétrovitch's work is also an echo of the whole history of art itself. 


Leslie Compan