Rock Around The Bunker (again)

Rock Around The Bunker (again)
[Press release]

Amélie Bertrand

12 Janvier - 16 Février  2012
Vernissage le Samedi 12 Janvier de 14h à 21h

      Aux Beaux-Arts, elle séchait les cours de dessin, préférant s'appliquer à détourer des sculptures de mini-golf sur photoshop, sa plus mauvaise note en perspective punaisée au mur de son atelier. Son « Grand Tour », Amélie Bertrand l'a fait le long des stations balnéaires ringardes, du Lunapark rouillé à l'Aqualand moisi en passant par le parcours de santé où d'anciens fumeurs de Craven A s'essayent à quelques tractions. Ces motifs soustraits aux splendeurs de l'architecture vernaculaire sont ré-agencés sur la toile, où ils s'imbriquent, s'articulent, se chevauchent dans un pur jeu formel, se coincent parfois, pris dans une rixe chirurgicale, sans drame ni fioriture, car l'art d'Amélie Bertrand honnit ce genre d'affect autant que les « effets relous de la peinture » : ses couleurs  ne montent pas en jus mais se posent en monocouche tandis que sa palette lui parait la plus juste quand elle ressemble à un système RVB. Ce que vous prenez comme une obsession pour le style médiéval dévoyé au rayon décoration des jardineries, ou pour les ambiances vitrifiées des jeux de plate-forme, n'est que la solution à un problème de peinture, où il s'agit d'importer des contrastes de couleur, des ombres et des perspectives « chelous », pour voir si ça tient toujours. Vous serez bien-sûr tenté de convoquer vos maigres notions de psychanalyse pour juger la récurrence de ces motifs anxieux - pierres tombales, trappe dans le sol, pic anti-pigeons ou divan en skaï King Size - ou de l'accord parfait entre les attributs de la guerre et du divertissement baignés dans une lumière californienne. Mais là encore, quand vous lui demandez quel est son problème avec les palmiers, Amélie Bertrand vous répond que « c'est chiant de peindre un buisson ».
Non, ces peintures ne racontent rien, elles ne représentent rien, mais leur présence est terrifiante, justement parce qu'elles reconduisent à leur surface toute tentative de s'y projeter, après avoir appâté le regard pour mieux le coincer dans un angle ou le piéger dans une treille, ne faisant qu'appliquer les stratégies perverses du spectacle. Plus flippante encore est cette manière d'aboutir au faux en épurant le vrai, et retomber par coïncidence sur le réel en simili et bordé de palissades, de sorte que cette claustrophobie en plein air a un arrière goût bizarre de déjà-vu. Non loin d'ici, la barque de Truman est venue se cogner contre l'horizon en carton.


Julie Portier

La galerie est ouverte du mardi au samedi de 11 heures à 19 heures et sur rendez-vous.




     During her time at art school, she would most often be found bunking off drawing lessons to spend her time cropping out mini-golf sculptures using Photoshop, with her worst marks for perspective pinned on her studio wall. Her "Grand Tour" took her to run-down seaside holiday resorts, from a rusty Lunapark to a crumbling Aqualand, along fitness trails populated with ex-Craven A smokers trying their hands at a few push-ups. These shapes, extracted from the splendours of their provincial architecture are reconstructed on her canvases, where they inter-link, connect with each other and overlap in pure formal interplay, occasionally becoming embroiled in a surgical brawl without ever resorting to drama or over-ornamentation. In truth, Amélie Bertrand's art despises this type of affectation as much as it does "the more tiresome aspects of painting": her colours don't develop gradually, they are applied in flat layers and she is at her happiest when her palette resembles an RGB colour chart.  What the spectator might take for an obsession with the travesty of medieval architecture of the kind to be found in local garden centres, or the glassy-eyed environment of platform video games, is simply a solution to a problem in her painting, where there is a question of importing contrasts in colour, shadows and "bizarre" perspectives to see if it all still works. You might also be inclined to make use of your scanty knowledge of psychoanalysis to evaluate the recurring symbols of anxiety depicted - tombstones, trap-doors in the flooring, anti-pigeon spikes or the King-size imitation leather divan - or the perfect harmony between symbols of war and of entertainment, bathed in bright Californian light. And then again, if you were to ask her about her "thing" for palm trees, Amélie Bertrand would simply reply, "drawing bushes is a pain".
These paintings don't tell stories, they don't symbolise anything but their sheer presence is terrifying - for the precise reason that any attempt to penetrate their inner being leads back to their surface, after having lured the spectator's eye into a particularly tight corner or entrapping it in the depths of an arbour by merely employing the perverse strategies of showmanship. Even more worrying is the manner in which fiction is created by paring down the real or the way we seem to stumble upon simulated reality surrounded by fencing with the result that this feeling of open-air claustrophobia leaves an aftertaste of déjà-vu. And not far from here, the yacht from the Truman Show collides with a horizon made of cardboard.

Julie Portier


The gallery is open from tuesday to saturday and from 11am to 7pm and on apointment.