Julien Tiberi

Julien Tiberi
[Press release]

Julien Tiberi


 


15 Octobre – 26 Novembre 2016
Vernissage samedi 15 octobre, de 11h à 21h.


 


Non seulement dessinateur mais aussi sculpteur et musicien, Julien Tiberi est porté par l’envie de révéler des formes sous-jacentes à travers la continuité et la dissonance de ses œuvres. Véritable (re)mise en perspective de sa pratique, cette exposition tente de s’émanciper de la surface plane pour conférer davantage de relief ou de physicalité au dessin même, prenant comme postulat que le coup de crayon n’est que le contour d’une vue partielle d’un tout, entre tangible et indicible. Ainsi, titillant la curiosité du visiteur, une grande sculpture en béton teinté figure un ensemble de personnages regroupés qui, penchés vers le sol, scrutent avec attention dans une même direction. Par mimétisme, nous tournons autour de cette statue et prenons conscience que quelque chose est bel et bien caché, qu’il s’agit là de l’infime portion d’un univers insoupçonnable. Fortement marquées par l’intrication quantique, les œuvres récentes de Julien Tiberi renvoient les unes aux autres, tant par les formes que par les problématiques qu’elles semblent développer, comme une tentative de capter les éléments épars du processus de création.


 


Cette volonté de fixer des états de transition plutôt que de s’attacher à une image finale est notamment présente dans ces petits volumes en verre qui ne sont pas sans rappeler les billes de nos cours de récréation – agate, tourbillon, équinoxe ou cyclone… Julien Tiberi a demandé à un maître verrier d’entortiller les formes de la matière en fusion, juxtaposant par là même la rigueur et l’organique, la transparence du verre et la sinuosité des lignes colorées – comme si le dessin devenait volume. Prises dans cet étirement, semblant lutter avec la gravité, ces volutes figées dans un mouvement renvoient à la mémoire d’un geste dans une matière devenue informe.


 


Célébrant la matière, justement, Julien Tiberi a réalisé un ensemble de 13 pièces en céramique aux teintes rousses, parcimonieusement pailletées. Les stries irrégulières ponctuant la surface de ces terres cuites au four à bois manifestent la trace d’un geste, celui du fracas de baguettes de percussion venant culbuter des mottes de terre fraîche. Dans une dynamique quasi-synesthésique, l’artiste a associé deux sens a priori distincts : l’ouïe et le toucher. Chacune de ces petites masses de terre a effectivement été façonnée au son d’un morceau de musique. Julien Tiberi a utilisé cette matière malléable comme caisse claire, y reproduisant la gestuelle spontanée du batteur qu’il est par ailleurs. Ces « paquets de musique » – comme il aime les appeler – sont autant de notes éparses disséminées dans le parcours de l’exposition : chacun d’entre eux donne un tempo, exacerbe la matière tout en la rendant informe, témoigne d’une action qui pourrait durer indéfiniment dans le temps mais que la cuisson est finalement venue fixer à un stade précis.


 


En contrepoint de ces sculptures, le télescopage de différentes temporalités se retrouve dans les grands tableaux dont la réalisation a nécessité une lente maturation tant conceptuelle que pragmatique. Évoquant des photographies d’avant l’ère du tout-numérique – des Polaroïds passés ou des clichés aux teintes sépia – ces tableaux abstraits ont la particularité de ne pas présenter de vraie couleur noire mais plutôt des noirs colorés, comme si le temps y avait apposé son filtre. Pour leur réalisation, le mode opératoire suivi par Julien Tiberi est en soi un carambolage temporel allant à rebours de toute logique : il a, dans un premier temps, projeté sur la toile vierge du drawing gum liquide (gomme de masquage pour aquarelle) ; au moyen d’une mise au carreau, il a ensuite peint à l’acrylique des objets ou des paysages flous pour finalement retirer la gomme liquide, produisant des rayures nettes, en contraste – et en creux – avec la matière picturale colorée. Ces « scratchs » se révèlent ainsi comme faisant intrinsèquement partie de la toile et de son devenir altérable. De cette confusion des temps, Julien Tiberi parvient à tirer profit en mettant en scène son intérêt pour des actions intermédiaires, dont l’aspect anodin revêt ici toute son importance.


 


Marc Bembekoff