IMPRESSIONS PAYSAGES

IMPRESSIONS PAYSAGES

Il est inscrit dans son nom que documentation céline duval tend depuis toujours à se mettre en retrait pour mieux donner à voir. Le paradigme est bien là : faire disparaître son propre corps, celui de l'artiste pour mieux transfigurer celui des autres. Elle poursuit ainsi son dessein, sortir de l'ombre des images que personne ne voit, nous confronter à que l'on aurait pu ignorer.
Cette volonté de montrer l'invisible, le jeu savant du rapprochement des images et l'intérêt pour le hors-champs sont des points centraux des recherches artistiques de documentation céline duval.

Dans impressions paysages, l'artiste explore toujours la même veine mais procède à un retour au geste, un retour de la main qui fabrique, un retour du doigt qui nous pointe quoi regarder à travers de nouveaux ensembles.

Points de vues ouvre l'exposition et nous convie à la promenade, à la contemplation, à la promesse d'un paysage que l'on se doit de deviner, assis sur ces bancs, stables du poids des corps fantômes qui y passent.
Car si depuis presque 15 ans le corps est central dans le fonds iconographique que l'artiste a constitué, c'est aussi à des questions de paysage et de retour à la nature qu'elle nous invite aujourd'hui dans cette exposition.

Si l'on sait que sa collecte - cette documentation- est composée d'images d'amateurs, l'on sait en revanche peut-être un peu moins que les cartes postales furent les premières à ouvrir la voie. Aujourd'hui, à l'instar des images publicitaires dont la plupart furent libérées de leur statut par le feu (Les allumeuses, 1998-2010), l'artiste marque de nouveau sa volonté de glisser vers d'autres préoccupations. Les images qui étaient jusqu'alors scannées, restaurées et matière à éditions sont aujourd'hui re-photographiées et exposées en séries.

Le geste de re-photographier est le même dans Vu !, cette série de 24 photographies se réfère au premier ouvrage édité de l'artiste. Les corps sont là, anonymes, quand un regard pointé vers le photographe annihile toute la neutralité de ce qui fait carte postale. Apparaît alors une relation modèle/peintre, une surprise inattendue qui rappelle l'instant décisif, l'image à côté de laquelle nous serions de nouveau passés si documentation céline duval ne nous l'avait offerte.

"Tout est image nous dit-elle"  à partir du moment où la lumière se pose sur un plan. C'est vrai. En héritière rebelle de Talbot et d'Emerson, documentation céline duval décide de placer un écran face au soleil derrière ce qu'elle appelle des obstacles, un champ, un arbre, un feuillage... De ce geste simple et pourtant complexe émerge un ensemble de cyanotypes. Ces oeuvres neuves, sensibles (mais aucunement romantiques), ne sont pas sans rappeler la gravure ou le dessin. Bien au-delà de la technique et surtout bien au-delà du sujet, elles portent en elles la volonté de leur auteur de boucler une boucle, et participent toujours à cette même résolution : réduire au maximum les intermédiaires, les interférences et remontrer l'image qui n'a pas été vue.

Dans un monde hyper saturé, offrir des images à revoir, collecter les photographies de familles oubliées, fabriquer de nouvelles images peut sembler une aventure sisyphéenne. En réalité, documentation céline duval est un Sisyphe camusien, heureux, qui trouve son bonheur dans la tâche qu'il entreprend.

Émilie Flory
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As her name suggests, documentation céline duval has always preferred to remain in the background in order to afford a better view of her work. That in essence is the paradigm: remove one’s own body – that of the artist – in order to better achieve the transfiguration of those of others. This is precisely how she
follows her vision; bringing images that no one ever sees out of the shadows, confronting us with something we might otherwise have missed. This desire to show what is invisible, the masterful way in which images are collected together and her profound interest for what is outside the frame are the focal
points of what constitutes the artistic research of documentation céline duval.
With her exhibition IMPRESSIONS PAYSAGES, the artist continues in the same vein but with a return towards the gestural, towards the hand that makes things, to a finger, which points towards what we should be looking at in her new series.

Points de vues opens the exhibition and encourages us to take a stroll, in contemplation, with the promise of a landscape we owe it to ourselves to discover, sitting on these white benches, stabilised by the body weight of the ghosts passing by. For almost fifteen years the body has been central to the collection of
images and documents the artist has put together, but within this exhibition she also invites us to explore questions of landscape and a return to nature.



Most are aware that the “documentation” in question, is made up of amateur images but it is less well known that this collection began with postcards. Today, as was the case with the series of advertising images (Les allumeuses, 1998-2010), most of which had been liberated by fire from their original destiny, the artist is once again showing her desire to move towards different preoccupations. The images that up to the
present had been mainly scanned, restored or in the form of previously published material are now re-photographed and exhibited as series.

The act of re-photographing is the same in Vu !, a series of 24 photographs in reference to the artist’s first published work. The anonymous bodies are there, yet each glance or look towards the photographer
completely annihilates any neutrality that might be associated with a postcard. Thus a similar relationship to that involving a painter and model appears, a surprising twist taking us back to the original decisive moment, an image we might never have been aware of if documentation céline duval hadn’t brought it to our notice.

“Anything can be an image” she tells us “from the moment light falls on a surface”. It’s perfectly true. A rebellious heir to Talbot and Emerson, documentation céline duval came up with the idea of placing a screen facing the sun behind what she calls “obstacles” - a field, a tree, some foliage… From this simple yet
complex act a set of cyanotypes have emerged. These new oeuvres whilst full of sensitivity are by no means romantic and might easily remind the spectator of prints or drawings. Far beyond the technique used and above all the subject, they carry the author’s desire to close a circle, continuing in the same vein by
minimising intermediary factors and any outside interference whilst showing an image that has never been noticed.

In our hyper-saturated world, proposing a new vision of old images, collecting photographs of forgotten families and creating new images from them might seem like a Sisyphean adventure. In reality, documentation céline duval is a contented Camusian Sisyphus, finding her happiness in the task she has undertaken.

Émilie Flory