Dessins parisiens

Dessins parisiens

Raphaël Julliard
Dessins parisiens

Raphaël Julliard

La série des Dessins parisiens de Raphaël Julliard appartient à une catégorie qu’il nomme « études » ou « gribouillages ». Dès lors, l’évaluation de ces abstractions lyriques aux crayons de couleur ne pourra raisonnablement se fier à l’un ou l’autre terme, mais à l’écart entre les deux. Cependant, il conviendra d’en juger à l’aune d’une recherche en anthropologie que mène actuellement cet « artiste-doctorant » comme on en fait aujourd’hui, autant peut-être qu’à la lumière d’un art qui a souvent revendiqué une impertinence, comme on en fait plus. Ceux qui connaissent l’oeuvre de l’artiste Suisse – bien que son hétérogénéité l’ait rendu stratégiquement non identifiable – se souviendront de ces affiches jumelles qui, sous une image de poisson et une carte d’Egypte, indiquaient sans détour l’attitude de l’artiste dans la formule bilingue Les critiques je m’en fiche/ Critiques, I don’t care  (2002). Cette oeuvre fondatrice permettait d’apprécier un don certain pour la mise en pratique d’une théorie par sa propre formulation. En outre, on y percevait l’intérêt de l’artiste pour les sciences du langage, et l’élaboration d’une méthode qui se distingue par le sérieux accordé à la littéralité, surtout quand elle est au service de jeux de mots n’ayant rien à envier à une enseigne de coiffeur. Il faut aussi reconnaître que l’artiste n’a reculé devant aucun défi pour la mise en œuvre de cette attitude désinvolte, s’il on rappelle qu’il est allé jusqu’au Caire pour rejouer cette profession de foi à laquelle il s’est toujours tenu, en attestent au moins ces dessins. Quant à son approche de l’abstraction, elle pourrait remonter à l’une de ses expériences de type primoavrilesques honnêtement baptisée Une peinture thon sur thon (2002) et se poursuivre avec un workshop d’action painting organisé au sein d’un groupe d’artistes conceptuels. Plus sérieusement – car ces œuvres le sont – le dessin a toujours constitué un outil herméneutique chez Raphael Julliard, en tant qu’il est l’enregistrement d’une activité mobilisant plus ou moins la conscience et soumise à certaines données contingentes (le lieu ou la disponibilité des couleurs dans la boîte à crayon, par exemple), dont le résultat devient lui-même un objet d’étude scientifique. Ainsi de ses 60 dessins de pure expression, classés par ordre alphabétique (2009) à compter parmi les œuvres réalisées en hommage au maître à penser de l’artiste, Richard Tuttle, dont il partage la croyance en les vertus émancipatrices de la production artistique. Pour ce qui est des dessins ici présents – et c’est encore ce qui les qualifie le mieux – l’artiste les réalise avec la même rigueur, c’est à dire en s’imposant un conditionnement cérébral visant un niveau de concentration proche de zéro, tandis que l’objectif de ses recherches se sont resserrées sur la vérification d’un postulat qui attribuerait une nécessité commune à la pratique de l’art, de l’homme des cavernes à Jackson Pollock.