PPP (Présence Panchounette Photographies)

PPP (Présence Panchounette Photographies)
[Press release]

Présence Panchounette


Photographies



18|10 - 22|11|2014

Vernissage le Samedi 18 Octobre à partir de 14h

      Qui sont-ils, combien sont-ils, quelles sont leurs intentions ? Assurément mauvaises, si l’on en juge par la cruauté des emblèmes qui meublent ce repaire encore chaud de leur présence. Voyez plutôt, cette guillotine à l’usage de l’art noble, ce tondo pour un détournement sadique du jeu de fléchettes, ce trophée à l’envers : comme si l’iconoclasme absolu ne leur suffisait pas, n’auraient-ils aucun respect pour la chasse ? A quoi bon avoir semé la terreur dans le monde de l’art sous ce pseudonyme redoutable entre 1969 et 1990 – devançant le modèle du groupe d’artistes par celui du groupuscule –, avoir affûté l’arme de la dissimulation et son pendant abominable pour les gardiens de la valeur artistique : le doute, avoir misé avec autant de clairvoyance sur la paranoïa du milieu pour, enfin, dévoiler ici même leurs visages (si ce n’était que cela !) et rassembler les preuves photographiques de leurs agissements ? Si c’est encore une provocation, avouons qu’elle a la classe des portraits de mafieux pausant, le flingue au repos, dans leur base arrière, en pleine campagne, le coupé garé dans la pelouse ; leur bolide est une 2CV aux couleurs de leur résistance à la spéculation philosophique (le all-over fausse-brique). Ces photos-souvenirs d’une plénitude bucolique vécue en marge de la guerre – là où l’on fait la sieste, se ballade à poil et s’émeut du vent dans les rideaux en dentelle – seraient-elles autant de mises en scènes au service d’un même complot ? Notons que les plus sophistiquées sont aussi les plus impudiques, et que l’élégance de ces reconstitutions antiques (au bord du puits en pneu) n’a d’égal que cette manière de démasquer la vulgarité dans une humeur si romantique.
Cette confusion ne fait qu’attester, une fois de plus, la prescience de Présence Panchounette à l’endroit de la photographie qui, à l’instant où celles-ci ont été prises, ne connaît presque aucun développement théorique. A la ville, ils pastichaient en 1970 ce qui allait se faire en 1980, à la campagne, ils ratissaient le medium photographique en lui suggérant une panoplie de natures : témoin de l’intimité ou attribut d’une autofiction, photographie de performance, enregistrement du présent et de l’histoire diffusée en temps réel sur le poste de télévision, et bien-sûr, re-photographie, avec ses effets de mise en abîme, de coexistence (Mamie et Mick Jagger) et toutes ses conséquences sur la disparition de l’auteur. C’est le propre de la photographie – et toute image du désir – que d’acter la disparition ; ils le savaient comme le savent les portraitistes africains, dont les peintures naïves sont les seules peintures sérieuses qu’exposent Présence Panchounette. Alors ces images d’une prétendue vérité sur Présence Panchounette sont remplies d’absences, ce dans un théâtre de chaises remisées, de lits vides et de verres à moitié pleins.
L’absence la plus visible ici est celle de la main qui agence ces rebords de cheminées et ces étagères en formica, dans une association parfaite de reliures en cuir, de rouet miniature, de porte-carte en pince à linge, de photo de teckel, le tout sur fond de toile de Jouy interprétée par Castorama. Présence Panchounette a l’œil et a su voir le destin de l’art contemporain dans celui des « tablescape » du célèbre décorateur David Nightingales Hicks, héraut de l’hétéroclisme pour les intérieurs de la jet set des années 1960 ; ce qui leur fit dire : « notre premier contact avec l’avant-garde a été Maison et jardin ». Mais plus encore, en apparaissant comme de plausibles displays à l’œil le mieux averti des mouvances de l’art actuel, ces fleurons de la décoration suburbaine dévoyant la méthode définie par Hicks, montrent qu’ils prévoyaient leur réappropriation par les futurs pionniers du goût. C’est peut-être cela, Le Paradigme de l’Olympia.

Julie Portier

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     Who are they? How many of them are there? And what exactly are they trying to achieve? Nothing good, if we judge them by the cruelty of the emblems decorating their lair, still warm from their presence.
Check out the guillotine or this tondo in its sadistic re-interpretation of the game of darts or the upside-down trophy: as if sheer iconoclasm wasn’t enough, have they no respect for the hunt? What is the point in having spread terror though the art world under this formidable pseudonym between 1969 and 1990 – pre-empting the artistic collective model with the mini-collective – having perfected dissimulation and its abominable counterpart doubt as an arm against the custodians of artistic values or having, with astonishing clairvoyance, banked on the scene’s paranoia… in order to finally uncover their faces here (If that were all they were showing!) and gather together photographic proof of  their activities. If it’s just a question of being provocative again, at least it’s done with the class of portraits of mafia goons, their guns at rest, posing in their hideout in the deep countryside, sports car parked on the grass; a Citroën 2CV in the colours of their resistance to philosophical speculation (All-over fake red-brick).  These photo-souvenirs of blissful, bucolic times, lived out on the margins of war – those, where one takes an afternoon nap, wanders around naked and feels moved by the wind in the lace curtains – mightn’t they be just so many staged scenes, all part of the same plot? We should take note that the more sophisticated ones are also the most brazen and the elegance of these antique reconstitutions (around a well made of tyres) is only equalled by the way vulgarity is unmasked with such romantic humour.
This confusion only confirms Présence Panchounette’s prescience concerning photography, which when these were taken was undergoing no particular theoretical development. In the city, in the 1970s, they created pastiches of what would happen in the 1980s. In the countryside, they raked over the medium of photography, coming up with a whole range of subjects: the intimate witness, an attribute of self-fiction, the performance photograph, the recording of the present and of history in real-time on the TV set and of course re-photography, with its effect of an image repeated to infinity, of co-existence (Mamie & Mick Jagger1) and all its consequences on the disappearance of the author.  It is the nature of photography – and of any image concerning desire – to record disappearance; they are fully aware of this in the same way as the African portrait painters, whose naïve paintings are the only serious painting that Présence Panchounette exhibits. Thus these images revealing the supposed truth of Présence Panchounette are filled with absences, in a theatre with all the seats folded away, in empty beds and half-filled glasses.
The most visible absence is that of the hand that arranged these mantelpieces and Formica shelves with their perfect association of leather-bound volumes, miniature spinning wheel, clothes-peg cardholder, photo of a dachshund… all against a background of Toile de Jouy2 re-interpreted by Castorama.3 Présence Panchounette have an eye for the future and were able to see the destiny of contemporary art in the “tablescapes” of the famous interior designer David Nightingales Hicks, a pioneer, whose patchwork of disparate styles decorated the living spaces of the 60s jet set; which led to the statement “our first contact with the avant-garde was in the pages of Maison & Jardiin4”.  And there’s more; in appearing as plausible displays to the most well-informed eyes concerned with movements in present-day art, these masterpieces of suburban decoration deform the method defined by Hicks, showing that they anticipated their re-appropriation by future pioneers of taste. That’s perhaps what is meant by Le Paradigme de l’Olympia5

Julie Portier
(Translation Chris Atkinson)





1.Granny & Mick Jagger
2.Fabric with a repeated, generally pastoral theme.
3.French DIY chain.
4.House & Garden magazine
5.The Olympia Paradigm